La Biospéologie
A première vue, le monde souterrain paraît
exclusivement minéral. Tout au plus peut on s'attendre
à y rencontrer quelques chauve-souris. Pourtant,
quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit
que la vie est bien présente et diversifiée
sous terre. Dans nos grottes, pratiquement tous les
grands groupes d'Invertébrés sont représentés
: Vers, Mollusques, Crustacés, Myriapodes (mille-pattes),
Araignées, Opilions, Acariens et Insectes de
différents ordres (en particulier Collemboles,
Coléoptères, Diptères,...).
Tous ces animaux n'entretiennent pas, avec le milieu
souterrain, des liens très étroits : certains
ne s'y trouvent qu'accidentellement, mais d'autres,
au contraire, ne se rencontrent que sous terre. On a
donc établi une classification écologique
de la faune cavernicole dans laquelle on distingue :
- Les Trogloxènes (ou stygoxènes
s'il s'agit d'espèces aquatiques), qui sont "étrangers
aux grottes" et qui n'y passent qu'une partie de
leur existence (pour, par exemple, s'abriter du froid
hivernal). Deux papillons de nuit constituent de bons
exemples d'espèces trogloxènes : Scoliopteryx
libatrix et Triphosa dubitata, qui passent l'hiver sur
les parois des couloirs d'entrée, le premier
complètement engourdi, le second se déplaçant
lentement à la recherche de la température
idéale.
Scoliopteryx libatrix,
papillon trogloxène
Triphosa dubitata,
papillon trogloxène
- Les Troglophiles (ou stygophiles),
sont les "amis des grottes". Ils passent toute
leur existence dans le milieu souterrain et s'y reproduisent.
Mais on les rencontre aussi en dehors, dans des milieux
comparables (sous les pierres, les écorces,...).
En dépit de leur "attachement" aux
lieux sombres et humides, ces animaux ne diffèrent
pas morphologiquement de leurs proches parents de la
surface. Par contre, ils présentent des adaptations
physiologiques et comportementales parfois étonnantes.
Oxychilus cellarius est un petit escargot capable de
digérer... la carapace des insectes! Meta menardi
est une grosse araignée, souvent abondante dans
les entrées de grottes, qui tisse ses toiles
parallèlement au rocher afin de capturer, non
pas la faune volante, comme les épeires de nos
jardins, mais celle qui circule sur les parois, comme
par exemple les mille-pattes.

Oxychilus cellarius,
escargot troglophile
nid de Meta menardi,
Araignée troglophile
- Les Troglobies (ou stygobies) "vivent
exclusivement dans les grottes" (ou autres parties
du milieu souterrain). On ne les rencontre que là
et ils présentent de frappantes adaptations morphologiques
et physiologiques à ce milieu très particulier.
Ils sont généralement dépourvus
d'yeux et de pigments (pas de lumière), mais
possèdent des appendices (antennes, soies sensorielles)
souvent très développés. Ils ont
un métabolisme très lent : taux de reproduction
faible mais grandes longévité et capacité
de jeûne (température ambiante basse, peu
de nourriture). Ils sont enfin extrêmement fragiles
et sensibles aux perturbations (conditions de vie très
constantes dans les grottes). Les Niphargus (P) sont
des "crevettes" cavernicoles dont on compte
une demi-douzaine d'espèces en Belgique. Leurs
plus proches parents dans les eaux de surface sont les
Gammares (P?), généralement d'une belle
couleur orangée et pourvus de gros yeux noirs.
Proasellus
hermallensis est une Aselle (cloporte aquatique)
stygobie qui vit dans les eaux souterraines interstitielles
et que nous élevons depuis 30 ans au Laboratoire
de Biologie Souterraine. Tychobythinus
belgicus est un minuscule Coléoptère
(1,4 mm) découvert au début des années
'40 dans la grotte Lyell, mais que l'on connaît
aujourd'hui aussi de la grotte de Ramioul et de la grotte
Nicole. C'est sans doute un troglobie "récent",
car il possède encore de minuscules yeux et le
comportement de sa larve (étudié au Laboratoire)
n'est pas celui d'un troglobie ancien.
La Biospéologie étudie plus particulièrement
cette faune très particulière, qui compte
chez nous plus de 40 espèces. Robert LERUTH,
mort en 1940, fut en Belgique, l'incontestable pionnier
de cette Science. Aux Chercheurs de la Wallonie, François
DELHEZ (1931-1974), et Jean-Marie HUBART, ce dernier
récemment rejoint par Michel DETHIER, poursuivirent
les travaux de Leruth sur la faune cavernicole de notre
région. C'est ainsi que plus d'une centaine d'articles
scientifiques ont été publiés en
quarante ans dans le cadre du Laboratoire de Biologie
Souterraine de Ramioul (voir
liste des articles)
A l'heure actuelle, les recherches portent sur la réactualisation
de nos connaissances de la faune troglobie de Belgique
et sur l'évolution de la faune de quelques grottes,
déjà bien étudiées par nos
prédécesseurs (voir liste Hubart-Dethier
1999, modifiée *)
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